Après quelques jours de réflexion / recuperation, je suis à même de débriefer la dégustation de l’outturn d’octobre de la SMWS, qui a eu lieu aux Rouquins, comme souvent, et sur un thème aromatique précis – le tourbé en l’occurrence, ce qui est une nouveauté.

On démarre par un Bunnahabhain, distillerie tellement fréquentée par la Scotch Malt que je peux désormais l’orthographier sans regarder. La cask 10.120 « Winding down » est dans la lignée de ses prédécesseurs : précis, équilibré et plaisant. Un peu de bord de mer, du citron et du tabasco, des œufs au petit-déjeuner et des toasts grillés, avec un de peu de vanille bourbon au palais. Un refill ex-bourbon de 9 ans, parfaitement structuré donc, mais qui supporte mal la dilution. A 60,5°, il s’adresse donc aux palais les plus coriaces.

Le deuxième embouteillage vient d’Highland Park, ce qui est plus rare ces derniers temps. Le 4.234 « Sundowner Dram », à nouveau en refill ex-bourbon, promet une jolie récompense de fin de journée. Du haut de ses 15 ans, il attaque sur le miel noir, une fumée légère très Highland Park et une touche de curry. Le palais est huileux, avec à nouveau du miel ainsi qu’un chutney délicat, et toujours ce qu’il faut de fumée. Réduit, le malt s’affirme avec une belle minéralité. Une bouteille propre et plaisante, à laquelle on reprochera peut-être un caractère finalement peu affirmé.

On passe ensuite chez Bowmore pour un 20 ans, toujours en refill ex-bourbon : 3.302 « Aromatic ripples on a calm sea ». Les promesses du nom s’affirment au nez avec la signature coastal Bowmore, accompagné de chair de crustacé et de lavande douce (sans doute un hommage à la période French Whore Perfume de la distillerie). Le palais est dans la même ligne, avec de notes de thé fumé, des fleurs – va pour la jacinthe proposée sur l’étiquette, un peu d’amande et ce qu’il faut de minéralité et de salinité. La finale s’adoucit avec l’idée d’un thé à la camomille. Belle bouteille pour son prix – 100 £, parfaitement accompagnée par les crevettes bleues crues de Nouvelle-Calédonie proposées par notre hôte.

4ème étape : une des seules distilleries « tourbées » du Speyside – Ardmore, pour un 8 ans refill ex-bourbon (vous connaissez la chanson) immatriculé 66.106 « Manly contentment ». Une fumée légère au nez, avec une fraicheur toute camphrée. En bouche, du jambon fumé – qu’on s’attendrait plus à trouver dans un ex-sherry, du malt, des amandes mais une belle minéralité. La fumée, très mezzo voce sur le palais, se réaffirme sur la finale. Réduit, il devient plus maritime, salin. Un profil très intriguant, et assez réussi qui en fait probablement la bouteille la plus intéressante de la soirée.

On échoue enfin chez Ardbeg pour un 2nd fill Oloroso de 9 ans, forcément très attendu. Le 33.135, « Peat-reek and barbeque char » délivre exactement ce qu’on attend de lui, et ce que les embouteillages officiels n’apportent plus vraiment : une puissance primitive, profonde et agitée. De la viande grillée au barbecue, du goudron, des pelures d’orange, du caramel brûlé et, il faut le noter, une touche d’anis. Evidemment très satisfaisant.

And I give you FIRE!

Bonus : En soudoyant amicalement l’ambassadeur Richard Liogier, j’obtiens de goûter le premier blend produit par la SMWS, déjà épuisé. Cet « Exotic Cargo », assemblage de first fill sherry 10 ans, travaille sur le fruit et le sherry, et s’avère remarquablement balancé. Une première expérience de blend qui en appelle à priori d’autres dans un futur proche.

Bonus 2 : Puisqu’on est lancé, on en profite pour voir ce que la SMWS avait choisi comme embouteillage spécial pour le Feis Isle. Il s’agit donc d’un Laphroaig 21 ans avec finition en PX, qui s’avère comme de juste remarquable – puissant et délicat, médicinal et flatteur.

Bonus 3 : Puisqu’on y est on va goûter le Rosebank 25 ans… Non tout de même pas. De toute façon la soirée est finie, les capteurs sensoriels sont complètement saturés, et il est temps de prendre date pour la prochaine, tout en gardant le souvenir des 50 nuances de fumée prodiguées par cette soirée.

 

Shopping list : en budget illimité, et en faisant abstraction des bonus, le Ardbeg, le Bowmore et le Ardmore.  En mode bonne affaire, le Ardmore.