(12 heures de sommeil, 3 repas gras, 2 bains chauds, une quantité indéterminée mais bien trop importante de whisky et une épouse patiente et compréhensive ont été nécessaire à la réalisation de cet article)

Tendance 2017 : sherry strikes back

L’an dernier, j’avais trouvé plein de bonnes choses, mais aussi pas mal de whiskys assez neutres, ou très marqués par le bois – laissant supposer que l’industrie déployait des trésors d’ingéniosité pour accélérer le vieillissement du malt à l’aide de wood technology. Cette année, j’ai été impressionné par le nombre d’embouteillages en ex-sherry. Indie bottlers et officiels semblent s’être passés le mot pour nous noyer dans un océan de PX, Oloroso, fino, etc… Alors que le sherry commençait à se faire rare, et en conséquence plus convoité – et logiquement plus cher, on a l’impression que l’industrie vient de découvrir un gisement inexploité de sherry butt et à décider de l’embouteiller la même année. Le négatif, c’est que je ne suis pas spécialement fan de vieillissement en fût de sherry en général, et encore moins quand les malts sont très marqués par le sherry comme ça a souvent été le cas cette année. J’ai parfois l’impression de boire toujours la même chose. Le positif, c’est que le deuxième remplissage de sherry fonctionne mieux à mon humble avis, et que donc d’ici 10-15 ans nous devrions avoir une splendide génération de refill sherry à partir des tonneaux utilisés cette année.

Tendance 2017 : blend is not bland

J’ai aussi profité du Whiskylive pour aller écouter John Glaser de Compass Box deviser sur le blend et la législation qui interdit de communiquer sur les compositions exactes – on peut aujourd’hui indiquer les distilleries et les vieillissements utilisés pour le blend, mais pas l’âge des composants. Pas de révolution en vue selon John, mais il poursuit ce combat, qui mérite d’être soutenu. En attendant il continue de faire des blends de grande qualité, et nous incite à lui demander la composition exacte, car s’il n’a pas le droit de l’afficher, il a le droit de répondre à nos questions.

Moment studieux avec John Glaser et Dave Broom

Autre fun fact découvert au détour d’une discussion sur les blends avec un autre acteur de l’industrie : l’utilisation des whiskys « underproof ». Je m’explique : légalement, un whisky doit faire 40° d’alcool minimum, sinon ce n’est plus du whisky. Or il arrive que des whiskys âgés passent sous cette barre, perdant toute valeur commerciale. Mais ils peuvent retrouver leur statut dans un blend, pour peu qu’on les fortifie avec des alcools plus vigoureux et plus jeunes. Ce qui explique pourquoi l’on trouve sur le marché de nombreux blends remarquables (oui je parle de vous That Boutique Y, entre autres) à des prix abordables. Cela s’applique sans doute également à des éditions spéciales de certaines distilleries, et je ne serai pas étonné que cette technique ait fait son office sur le batch 1 du cask strength Glendronach.

Tendance 2017 : du rye partout

Bientôt, un nouveau monde rempli de straight rye single barrel

Rassurons-nous, les Ecossais restent fidèles à l’orge. Mais en revanche toutes les distilleries « internationales » semblent toutes proposer un rye (donc du seigle). Ce n’est pas désagréable, mais je reste circonspect sur l’intérêt de posséder une bouteille entière d’un alcool qui reste assez austère. Si je devais en choisir une, je ferai preuve de patriotisme en faisant confiance au Domaine des Hautes Glaces.

Non-tendance 2017 : on ne change pas une levure qui gagne

Sur les paramètres qui font le whisky, il y a l’alambic, le bois et le temps. La longueur de la fermentation et les levures utilisées pendant celle-ci jouent également sur le caractère du malt. Pourtant, peu de distilleries expérimentent autour des levures. Etonnant ? La réponse à cette question m’a été donné par Nicolas Julhès. Quand on expérimente une nouvelle levure, il n’y a pas de marche arrière, puisqu’elle « contamine » tout. Or la plupart des distilleries ont principalement pour but de répliquer à l’infini le même caractère. Donc pas de nouvelles levures. CQFD.

On notera néanmoins que Loch Lomond semblait plus hardie que d’autres sur les variations de levure – les mauvaises langues diront qu’en même temps, répliquer la médiocrité ne les emmenait pas bien loin. Et il se trouve que ces derniers temps, les Inchmurrin et Inchmoan qu’elle propose ont fait des pas de géant. Début d’une explication ?

 

Tout ça pour vous dire que je ne suis pas peu fier d’avoir mené tant d’enquêtes en anglais la plupart du temps, malgré la quantité de whisky ingurgitée pour ne pas griller ma couverture. Passons maintenant au tableau d’honneur.

L’excellence

Le No Name de Compass Box allie les malts venus d’une célèbre distillerie d’Islay, situé sur Piers road (googlemaps est votre ami), d’une autre distillerie d’Islay, situé à Port Askaig, et d’une distillerie actuellement en service du côté de Brora. L’an dernier, le 3 years old deluxe était un Clynelish full option. Cette année, c’est une sorte de Ardbeg full option. Excellent donc, même si j’anticipe un prix tout aussi full option.

Toujours dans la famille Blend, le Blend #1 de That boutique-y est remarquable. Aussi remarquable qu’un bon Macallan, ce qui ne se trouve pas tous les jours, surtout à ce prix.

Elégance, bonne humeur et hospitalité caractérisent à la fois le Blend #1 et l’homme qui le présente, @BoutiqueyDave.

Enfin de toutes les sherry bomb goûtées, une brille au firmament : l’édition Kingsman de Glendronach, un 25 ans d’âge trié sur le volet. Profondeur, strates de saveur, évolution, longueur, tout y est, avec beaucoup de sherry bien sûr, mais aussi la touche de finesse que j’admire chez Glendronach. Merci également à eux de faire goûter à tout le monde un whisky à 600 euros (un prix pas si exorbitant finalement) qui est déjà quasiment introuvable et n’a aucunement besoin de publicité pour se vendre.

Belles découvertes

Ichiro présentait une seule nouveauté, le Chichibu IPA cask. Il ne faut jamais douter d’Ichiro, et le résultat est très bon, un bon match entre amertume houblonnée et la finesse des malts de Chichibu.

Ichiro photobombant son propre stand Chichibu.

L’Indien Paul John a bonne réputation et c’est mérité. Le cask strenght Classic, huileux et fruité, ressemble aux meilleurs Arran, et sa version Peated, avec logiquement moins de fruits et plus de fumée fonctionne aussi très bien.

La gamme Paul John – les Indes écossaises

Le Breton Armorik a également bonne réputation – ce qui d’après son représentant lui coûte un bras en arrosage d’influenceurs. Je lui offre donc gratuitement mes éloges pour le sherry cask découvert, même si j’ai oublié dans la bataille s’il avait 6 ou 7 ans.

Enfin chez les Ecossais, la version tourbée de Loch Lomond/Inchmurrin, baptisée Inchmoan, est très fréquentable en 12 ans et excellente en 25 ans. Le prix du 25 ans – autour de 230 € – en fait une assez bonne affaire.

Valeurs sûres

Le cask strength de Benromach est très plaisant. En revanche le triple distilled m’a moins convaincu, malgré une vraie puissance. Question de style tout simplement.

Même chose chez Benriach, où le cask strength m’a plus convaincu au final que le 25 ans. Cela dit, les salons se prêtent assez mal aux whiskys âgés, puisque le temps manque pour les laisser se développer – et le palais s’use assez vite.

Les blends de Douglas Laing sont excellents, et notamment le Timorous Beastie 18 ans. J’ai entendu le plus grand bien du Rock Oyster également, mais je n’avais définitivement plus la force.

Enfin au-delà du Blend #1, tous les embouteillages proposés par That Boutique-Y sont à la fois racés et spéciaux, avec toutefois une mention spéciale pour le MacDuff (l’autre nom du Glen Deveron). Thanks for the drams Jess & Dave !

Observations en vrac

Le Highland Park 10 ans est très bon malgré sa dilution à 40° qui tue la plupart des autres malts.

Le nouvel Ardbeg An Oa est dans la tendance des dernières éditions spéciales d’Ardbeg, plus porté sur la douceur que la puissance élémentaire. Et honnêtement, je trouve ça dommage.

Dans la série classique, je trouve le Lagavulin 16 ans de moins en moins lourd, et c’est tant mieux. En revanche, je ne sais pas si c’est mon palais ou le batch qui a évolué.

 

Voilà, c’est tout. Je me donne un an pour récupérer réellement, et je refais la même – avec plus de refill bourbon j’espère !

Fin du game.