Nouveau mois, nouvelle livraison de la Society, et nouvelle dégustation dans le cadre désormais bien connu des Rouquins. Premier constat : le travail de fond – dégustations régulières, outturn plus conséquents – entrepris par la nouvelle équipe de la SMWS commence à payer puisque nous sommes plus nombreux que d’habitude, avec un mélange d’habitués, de curieux et de néophytes. C’est d’une part totalement mérité et d’autres part bon signe – dans un monde de No Age Statement souvent uniformisés, les single casks de caractère ont encore leur public. Le deuxième constat, c’est que ceux qui sont venus ont bien choisi leur soir, puisque le line-up va s’avérer le meilleur depuis octobre…

On démarre comme semble-t-il toute les dégustations par un Glen Moray. La distillerie appartient au groupe La Martiniquaise, et il semble que la SMWS fait main basse sur tous les tonneaux jugés trop dignes pour finir dans du Label 5. Le rescapé du jour est un first fill bourbon de 14 ans – 35.176 « Surf & Snowboard ». Il ressemble beaucoup au « Polar Bear » du mois de mars, mais en mieux. Un nez très frais, comme un sorbet au sucre d’orge, suivi d’un palais très exotique – mangue, ananas en conserve – et juste ce qu’il faut de vanille. Un malt plaisant et facile, ce qui est parfait pour commencer.

Le second, bien que toujours speysider, est un tout autre animal. Formellement, il s’agit d’un Cragganmore de 14 ans en refill hogshead bourbon, 37.85 « Eastern Promise ». Au nez il s’avère beaucoup moins exubérant. Ça commence avec une note de caramel brûlé, de l’antiseptique et pas grand-chose d’autre. Le caramel s’estompe rapidement et tout cela devient très timide. En bouche, c’est droit, avec assez peu d’arômes marquants. La description parle de poulet grillé aux épices, de sauce aux kumquats, mais il faut vraiment les chercher. Ce qui est intéressant, c’est que même sans proposer vraiment de goûts marqués, ça fonctionne. C’est un whisky dont les qualités sont plus sur des choses intangibles comme le toucher en bouche, la propreté. Il semble qu’en le laissant s’ouvrir vraiment longtemps – je n’ai pas eu cette patience, mais d’autres l’ont eu pour moi, il se révèle vraiment. Déconcertant mais stimulant.

On arrive à mi-course et on bascule sur le sherry. En principe, je deviens circonspect à ce moment-là. Mon monde idéal est fait de refill bourbon, les trois whiskys suivant sont des refill sherry. Et ils vont au moins l’espace d’un soir me faire ravaler toutes mes médisances sur la question.

Le premier est un Glen Ord 14 ans, en ex-Oloroso. Jusqu’à il y a peu, cette distillerie des Highlands avaient une sinistre réputation. Mais depuis que Compass Box en a fait la base de son This is not a luxury whisky, les regards ont changé. Le matricule 77.43, « Japanese omelettes with Dunkelweizen » devrait avoir le même effet sur les membres de la Society. Le reproche qu’on pouvait faire aux deux premiers whiskys de la sélection – une quasi-absence de rétroolfaction – ne s’applique pas à lui : on en a plein le nez avant, pendant et après. Mais pas de ce nez vineux souvent liés au sherry. Plutôt de la sauce teriyaki, du cuir, de la bière brune et riche, du sirop pour la toux. C’est opulent sans pour autant devenir trop lourd. Et c’est excellent.

Lychee Martini. Perfect.

Lychee Martini. Perfect.

On enchaîne sur presque son contraire, avec un Glen Grant 27 ans – 9.104, « Lychee Martini ». Ce n’est plus l’opulence, c’est le souvenir laissé par l’opulence. Il est au whisky précédent ce qu’un palais vénitien est à la Trump tower. Formellement, on trouve tout ce qu’on peut attendre d’un vieillissement en fût de sherry – des noix, un talon de jambon cru, des baies noires (il manque juste du tabac), mais mezzo voce. Pourtant, cela reste étonnamment sec et frais, et absolument pas fatigué comme peuvent l’être certains single casks de cet âge. Dans la nouvelle classification de goût de la SMWS, il appartient à la catégorie « Old & Dignified ». Il en est tout simplement l’incarnation parfaite !

On conclut avec la dose de tourbe mandatory, fournie comme souvent par Bowmore. On ne dira jamais assez à quel point Bowmore peut être médiocre – pas mauvais, médiocre – en officiel et remarquable en indépendant. Le n°3.248, « Like a hot coal in the mouth », confirme cet adage. Il s’avère beaucoup plus civilisé que son nom l’indique mais il rappelle surtout que sherry et tourbe font bon ménage. De la créosote, certes, du tabac, de la mer bien salée, de la peau de poulet grillée… tout ce qu’il faut pour satisfaire un pirate des Caraïbes ou survivre à un hiver à Islay. Evidemment excellent.

C’est grâce (à cause ?) de ce genre de soirée que je suis devenu membre de la SMWS il y a quelques années déjà. Et si vous avez lu ce compte-rendu sans décrocher, vous devriez urgemment la rejoindre !

 

Session alternative : pour les retardataires et les assidus, une autre session a lieu le dimanche 9 avril, de 16h30 à 18h00 au bar de l’hôtel Bachaumont, avec d’autres embouteillages du mois d’avril. Si vous trouvez vos fins de week-end mornes, je ne saurais trop vous recommander de vous y rendre.