Première édition de 2017, pour moi, du rendez-vous mensuel de la Society, dans le cadre désormais habituel du restaurant les Rouquins. Apparemment la SMWS se lance dans de grandes aventures, avec des enfûtages extravagants (un vieillissement en ex-fût de gin était proposé en janvier) et bientôt de nouveaux spiritueux (après du cognac, du bourbon et du rye en décembre, on attend bientôt mezcal et autres exotismes de qualité). En attendant, la sélection proposée à la dégustation ce mois-ci est plutôt « back to basics », à base de Speysider méconnus et de Bowmore, ce dont je ne me plaindrai jamais.

On commence avec un Glen Moray 14 yo, le 35.157 « Reward for a brass band ». Un first full bourbon plaisant, avec du bois, abricot et caramel au nez, puis de l’orange, du malt et du meuble bien ciré en bouche. Une fois n’est pas coutume, il « nage » particulièrement bien, révélant après adjonction d’eau du maïs et de l’herbe coupée, tout en perdant du malt. Un fermier qui s’ignore donc.

Le Mannochmore qui le suit, un first fill bourbon de 13 ans, immatriculé 64.88 « Put through One’s Paces », est d’une discrétion maladive. Assez léger et fleuri, il a du charme, mais reste trop fermé pour être véritablement séduisant.

On monte ensuite en gamme et on prend des risques avec un Linkwood 20 ans – 39.139 « A most luscious remedy » – en premier remplissage d’ex-Pedro Jimenez. Comme attendu, la finesse et l’austérité naturelle du distillat Linkwood s’efface complètement derrière le tonneau. Ça sent le sherry, ça a le goût du sherry, et du coup c’est un peu lourd à mon goût. Pas vraiment ma came, mais les buveurs de vin y trouveront leur compte.

Un maître-distilleur de Glenlossie au travail.

Un maître-distilleur de Glenlossie au travail.

On poursuit avec une Glenlossie 23 ans – 46.50 « A sweet thrill in the sawmill ». Il s’agit d’un refill bourbon, souvent la meilleure option pour un speysider. Clairement le whisky le plus intéressant de la soirée. Si l’expression turkish delights (loukoum) est souvent employée pour décrire un arôme de whisky, elle prend ici tout son sens. Jusque dans le toucher en bouche, on a presque l’impression de taper dans un loukoum.

Dernière étape sur Islay pour finir sur une note tourbée, proposée par le Bowmore 3.296 « Elegance and Power ». Lui a réussi à dompter son fût de sherry, d’autant qu’il est en refill. Il propose un petit-déjeuner riche en noix, épice et fumée, pris au bord de l’océan.

Bonus track : On accueille au bout du bout un Ledaig 9 ans (donc 42. quelque chose), rescapé de la sélection de janvier. On compare souvent les jeunes Ledaig à des Ardbeg, mais j’ai trouvé celui-là très proche du Lagavulin 8 ans de cette année. Même épure tourbée initiale, avant toutefois une véritable explosion en bouche d’épice qui n’appartient qu’à ce Ledaig. Une conclusion remarquable pour une dégustation agréable.