Deux fois par an, l’épicerie parisienne Julhès, qui propose l’une des plus belles sélections de whisky de la capitale, organise un « petit » (leur propre mot) salon du whisky, complètement gratuit, en juin et en décembre. Celui de fin d’année est généralement mieux achalandé et donne l’occasion de trouver la bouteille que l’on s’offrira à Noël.
Pour cette édition, toujours aussi fréquentée, il y avait plus de distilleries présentes et peu d’indie bottlers. Mais après tout, c’est aussi l’occasion parfaite de tester les embouteillages officiels qu’on ignore souvent.

L’année des blends

De plus en plus, le blend semble revenir en force en tant que moyen de proposer des whiskys de qualité à des prix abordables. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’un des rares indie représenté, Douglas Laing, avait choisi de proposer uniquement sa gamme de blends régionaux. Ma préférence est allé au Timorous Beastie, blend riche, rond, fruité et réconfortant des Highlands. Mais le Rock Oyster (îles), plus coastal, ou le Big Peat (Islay), comme son nom l’indique, sont très recommandables. Scallywag (Speyside) et the Epicurean (Lowlands) ont un charme plus discret qui se prête moins à ce genre de dégustation.
Johnnie Walker était également là. L’occasion rare de tester le double black, légèrement fumé, mais sacrifié par une dilution à 40°, et le légendaire Blue, dont la finesse permet de faire abstraction de la même dilution.

Le diable titre 40°

Ce sera l’une de mes observations du jour : la dilution tue le whisky. Le Jura en particulier. Déjà qu’il est plutôt discret par nature, il s’évapore tout simplement à 40°. Les Dalmore aussi en souffre, même si le King Alexander III, à l’instar du Blue Label, s’en sort tout en finesse. Le hic, c’est qu’il s’affiche à près de 200 €. Et pour conforter mon propos, le Dalmore 2006 embouteillé spécialement pour la France est une excellente surprise, beaucoup plus tendu que ses comparses. Son degré : 46°. CQFD.

How do we sleep while our malts are drowning?

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Aux bons souvenirs de Glenfiddich

Glenfiddich, c’est le malt de l’époque où il n’y avait pas de malt. Mais du coup c’est aussi une référence un peu vieillotte. Comme ils ont quand même quelques dizaines de millions de litres annuels sous le pied, ils semblent bien décidé à dépoussiérer un peu leur gamme. Pas de vieillissement en fût d’IPA ou de sélection XX proposés, mais un distillers 15 ans finition sherry (à 51°) plutôt réussi et abordable, ainsi qu’un 21 ans Gran Reserva très très élégant (mais qui culmine au-dessus de 150 €).

Les mentions spéciales : Glenfarclas et Wolfburn

Glenfarclas proposait toute sa gamme jusqu’à 21 ans, donc bien entendu je n’ai goûté que le 21 ans. Si vous aimez les whiskys ronds et fruité, à moins de 100 €, c’est une des grandes bonnes affaires du moment.
A l’autre bout du spectre, Wolfburn propose son premier whisky, un « barely legal » de 3 ans d’âge, et c’est un highlander délicat, élégant mais non dénué de caractère. Extrêmement prometteur, et selon leur représentant, au-delà de leurs espérances en termes de qualité. On a aussi pu goûter une version small cask qui permet d’avancer dans le temps (avec les limites de l’exercice, plus de goût venant du bois mais sans la patine du temps) qui nous conforte dans la surveillance de cette jeune distillerie. Mon conseil : achetez le 3 ans pour le côté historique et servir d’étalon, et revenez dans 3 ans pour mesurer les progrès.