Honest note : 37 ans dans une barrique et un indie bottler avisé peuvent transformer un âne en cheval de concours. 9/10

L’histoire : Inchmurrin, morne loch

Loch Lomond est peut-être la distillerie qui a la pire réputation d’Ecosse. Dotée d’alambic classique, mais aussi d’un column still (pour les whiskys de grain) et de quatre Lomond still, un modèle hybride peu répandu, elle sévit en single malt, grain whiskys et blend, alternant généralement le déplorable et le médiocre. Pour tromper l’ennemi – nous, elle utilise de nombreux noms pour ses embouteillages, tels que Craiglodge, Croftengea, Glengarry, Inchfad, Inchmoan, Inchmurrin ou Old Rhosdhu. Ces derniers temps, seuls Loch Lomond, Inchmurrin et Glengarry semblent encore actifs.

Gordon & Macphail, G&M pour les intimes, est un des embouteilleurs indépendants historiques écossais, installé dans le Speyside, et par ailleurs propriétaire de l’honorable distillerie Benromach. Est-ce une curiosité malsaine, un pari perdu ou un sentiment de pitié qui poussa en 2010 G&M à ouvrir un fût d’ex-bourbon (de second remplissage qui plus est) contenant de l’Inchmurrin depuis 37 ans ? Nul ne le sait. Mais la plaisanterie fut poussée jusqu’à l’embouteiller et le proposer au Whiskylive suivant où il récolta des louanges inattendus, avant d’être aussitôt oublié. Proposé à un prix presque inquiétant pour un whisky de cet âge, une centaine d’euros, démentira-t-il une légitime appréhension ?

Douter des choix de G&M et se retrouver comme un idiot au bord d’un lac.

Le contenu : un whisky pour arpenter les bords de lac

Un nez pas si discret que cela si on prend on compte l’âge du liquide : de la pomme fraichement coupée, une touche très végétale et lacustre – mousse et fougères au bord de l’eau, des amandes fraîche cueillie sur l’arbre, un soupçon de vieux papiers que la poussière aurait épargnés et peut-être du caramel brûlé, mais pas plus d’une molécule ou deux. C’est frais et reposant, sans pour autant être éteint. En bouche, de la pomme douce, très douce, mais non fermentée ou distillée, encore de la chlorophylle, avec un indice d’épice – vieille menthe poivrée ? De la fraîcheur, de la douceur, mais pourtant du goût. Étonnant. La final est brève et propre avec en rétro-olfaction quelque chose qui tiendrait du Vicks éventé ou du bonbon vichy – bref de la menthe forte mais plus tant que ça.
A l’âge canonique de 37 ans, cet Inchmurrin est passé du statut de mauvaise graine tendance vandale à celui de gentleman fin et honnête. Frais comme une journée d’automne au bord d’un lac de Garde (soyons précis), il chante mezzo voce mais emplit pourtant l’oreille (en fait le palais, vous l’aurez compris). Facile à boire, il passe très bien en société et nous rappelle que le temps peut véritablement accomplir des miracles.

Prix : autour de 110 € – Disponibilité : étagère oubliée d’une boutique